Proche aidant : les aides et droits à connaître – Le Cercle ENSUITE

Proche aidant : les aides et droits à connaître

Vous faites les courses de votre mère, vous gérez ses rendez-vous médicaux, vous passez chez elle tous les soirs ? Vous êtes proche aidant, même si personne ne vous l’a jamais dit. Et à ce titre, vous avez des droits.

En France, 5,3 millions de personnes aident régulièrement un proche malade, âgé ou en situation de handicap, selon la DREES (données 2022). Leur nombre a légèrement baissé en quinze ans, mais l’aide qu’ils apportent est devenue plus lourde : 13 % y consacrent au moins 35 heures par semaine, l’équivalent d’un temps plein.

Beaucoup ne demandent rien, souvent parce qu’ils ne savent pas que des aides existent, ou parce que les démarches paraissent trop compliquées au moment où l’on a déjà la tête pleine.

Cet article fait le tour de ce à quoi vous pouvez prétendre : les aides pour votre proche, vos droits au travail, votre retraite, le répit, les impôts. Avec, à la fin, une liste simple pour savoir par où commencer.

Êtes-vous proche aidant ?

Probablement, si vous aidez quelqu’un de façon régulière et fréquente pour les gestes du quotidien : toilette, repas, déplacements, papiers, médicaments, présence. Pas besoin de vivre sous le même toit, ni d’y passer ses journées.

La loi est assez large sur la personne que vous aidez. Il peut s’agir :

  • de votre conjoint, partenaire de PACS ou concubin ;
  • d’un parent, grand-parent, enfant ou petit-enfant ;
  • d’un frère, d’une sœur, d’un oncle, d’une tante, d’un cousin (jusqu’au 4e degré) ;
  • d’une personne âgée ou handicapée avec qui vous vivez, ou avec qui vous avez des liens étroits et stables, même sans lien de famille. Un voisin de longue date, par exemple.

Pourquoi c’est important de se reconnaître comme aidant ? Parce que la plupart des droits décrits plus bas s’ouvrent à partir de là. Et parce que le dire à son médecin, à son employeur ou à sa famille, c’est déjà commencer à ne plus porter tout seul.

Les aides pour la personne que vous aidez

Avant de parler de vous, il faut parler de votre proche. Plus il est aidé par des professionnels, plus vous êtes soulagé. Et ces aides-là sont souvent sous-utilisées.

L’APA, si votre proche a 60 ans ou plus

L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) finance une aide à domicile, un portage de repas, du matériel, de la téléassistance… Elle est versée par le département, sans condition de ressources. Les revenus jouent seulement sur la part qui reste à payer.

Pour y avoir droit, il faut être évalué en GIR 1 à 4 sur la grille qui mesure la perte d’autonomie (GIR 1 correspond à la dépendance la plus forte). Une équipe du département vient à domicile pour faire cette évaluation.

Niveau de perte d’autonomiePlan d’aide maximum par mois
GIR 12 080,33 €
GIR 21 682,30 €
GIR 31 215,99 €
GIR 4811,52 €

Combien reste à la charge de votre proche ? Rien si ses ressources sont inférieures à 933,89 € par mois. Au-delà, la participation augmente progressivement, jusqu’à 90 % du plan d’aide pour des revenus supérieurs à 3 439,31 € par mois. Pour un couple, les ressources sont divisées par 1,7 avant le calcul.

La demande se fait auprès du département, en ligne ou avec le formulaire cerfa n°16301. Le département a deux mois pour répondre une fois le dossier complet.

La PCH, si votre proche est en situation de handicap

La prestation de compensation du handicap (PCH) s’adresse aux personnes qui ont fait leur demande avant 60 ans. Elle couvre l’aide humaine, le matériel, l’aménagement du logement ou du véhicule, sans condition de ressources. La demande se fait auprès de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées).

Point important pour vous : la PCH peut vous dédommager en tant qu’aidant familial (voir plus bas).

Si votre proche est autonome mais fragile (GIR 5 ou 6)

L’APA ne s’applique pas, mais tout n’est pas perdu. Les caisses de retraite proposent des aides pour bien vieillir chez soi : quelques heures d’aide à domicile, un bilan du logement, des ateliers de prévention. La demande se fait auprès de la caisse de retraite principale de votre proche.

Adapter le logement : MaPrimeAdapt’

Remplacer une baignoire par une douche de plain-pied, installer un monte-escalier, élargir une porte : MaPrimeAdapt’ finance 50 % ou 70 % des travaux selon les revenus, dans la limite de 22 000 € HT de travaux. Elle concerne les personnes de 70 ans et plus, celles de 60 à 69 ans déjà en perte d’autonomie, et les personnes handicapées (taux d’incapacité d’au moins 50 % ou bénéficiaires de la PCH), sous conditions de revenus.

Attention : un accompagnateur agréé est obligatoire, et il ne faut surtout pas commencer les travaux avant l’accord de l’Anah. Le premier pas se fait auprès d’un conseiller France Rénov’.

Vous travaillez : vos droits face à votre employeur

Concilier un emploi et l’aide à un proche, c’est souvent là que ça craque. La loi prévoit plusieurs solutions, et certaines ne peuvent pas vous être refusées.

Le congé de proche aidant

C’est le dispositif principal. Il vous permet de suspendre ou de réduire votre activité pour vous occuper d’un proche handicapé ou en perte d’autonomie.

  • Qui peut le prendre ? Tous les salariés, quelle que soit leur ancienneté.
  • Combien de temps ? 3 mois maximum, renouvelables, sauf si votre convention collective prévoit mieux. Au total, pas plus d’un an sur toute votre carrière.
  • Comment le demander ? Par écrit, au moins un mois avant le début, sauf urgence. Votre employeur ne peut pas le refuser.
  • En pointillés ? C’est possible avec l’accord de votre employeur : par demi-journées ou à temps partiel, en prévenant 48 heures avant chaque absence.

L’AJPA : être indemnisé pendant ce congé

Le congé de proche aidant n’est pas payé par l’employeur. En revanche, vous pouvez toucher l’allocation journalière du proche aidant (AJPA), versée par la CAF ou la MSA :

AJPAMontant ou limite
Par journée d’absence66,64 €
Par demi-journée33,32 €
Maximum par mois22 jours
Maximum par personne aidée66 jours
Maximum sur toute la carrière264 jours

L’AJPA n’est pas réservée aux salariés : les indépendants, les fonctionnaires et les demandeurs d’emploi indemnisés peuvent aussi la demander.

Le congé de solidarité familiale, pour accompagner la fin de vie

Si votre proche est atteint d’une maladie grave et incurable, en phase avancée ou terminale, vous pouvez prendre un congé de solidarité familiale. Il dure jusqu’à 3 mois, renouvelable une fois, et peut être fractionné par journées. Il faut prévenir son employeur 15 jours avant, avec un certificat médical.

Ce congé ouvre droit à l’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie, versée pendant 21 jours en cas d’arrêt complet (42 demi-allocations en cas de temps partiel). La demande se fait auprès de l’Assurance maladie ; sans réponse sous 7 jours, elle est accordée.

Le don de jours de repos

Vos collègues peuvent vous donner, de façon anonyme, une partie de leurs jours de repos non pris (RTT, congés au-delà de 24 jours ouvrables). Le dispositif existe depuis 2018 pour les salariés qui aident un proche en perte d’autonomie ou handicapé. Il faut l’accord de l’employeur : parlez-en à votre service RH.

Parler à son employeur

Temps partiel, horaires décalés, télétravail… En dehors des congés, beaucoup de choses se négocient. De plus en plus d’entreprises ont un accord ou une charte sur les aidants : renseignez-vous auprès des RH ou des représentants du personnel. Vous n’avez pas à donner de détails médicaux sur votre proche.

Être dédommagé, et protéger sa retraite

Aider un proche a un coût : du temps de travail en moins, parfois un emploi qu’on quitte. Deux dispositifs peu connus compensent une partie de cette perte.

Être dédommagé ou salarié par son proche

Avec la PCH, l’aidant familial peut être dédommagé pour le temps passé à aider : 4,93 € de l’heure, ou 7,40 € si vous avez réduit ou arrêté votre activité professionnelle pour cela. Ce n’est pas un salaire, mais une compensation, à demander dans le dossier MDPH.

Avec l’APA, votre proche peut vous employer et vous verser un salaire, à une exception près : le conjoint, le partenaire de PACS ou le concubin ne peut pas être salarié de cette façon. Un enfant, un neveu ou une sœur, si. C’est à indiquer au département lors de l’élaboration du plan d’aide.

Ne pas perdre de trimestres de retraite

C’est l’oubli le plus fréquent. L’assurance vieillesse des aidants (AVA) permet de valider des trimestres de retraite de base pendant que vous réduisez ou arrêtez votre activité pour aider un proche. Ce sont la CAF ou la MSA qui paient les cotisations à votre place.

  • Si vous touchez l’AJPA, l’affiliation est automatique.
  • Si vous prenez un congé de proche aidant non indemnisé, elle est possible si votre proche bénéficie de l’APA (GIR 1 à 4), a un taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou est invalide avec recours à une tierce personne.
  • Si vous aidez un enfant ou un adulte handicapé (taux d’au moins 80 %, ou entre 50 et 79 % pour un enfant bénéficiaire de l’AEEH ou de la PCH), elle est possible si vos revenus restent sous 63 % du plafond de la Sécurité sociale.

Vous n’avez pas besoin d’habiter avec la personne aidée, ni d’avoir un lien de parenté avec elle. Hors des cas automatiques, la demande se fait auprès de la CAF ou de la MSA.

Souffler : les solutions de répit

On a tendance à se dire qu’on prendra du temps pour soi plus tard. Le problème, c’est que l’épuisement arrive souvent avant. Fatigue qui ne passe pas, irritabilité, sommeil perturbé, sentiment de ne plus y arriver : ce sont des signaux à prendre au sérieux. Faire une pause n’est pas abandonner votre proche, c’est vous donner les moyens de continuer.

  • L’accueil de jour. Votre proche passe une ou plusieurs journées par semaine dans une structure adaptée, souvent rattachée à un EHPAD, avec des activités et des professionnels. Vous récupérez du temps, lui garde du lien social.
  • L’hébergement temporaire. Quelques jours à quelques semaines en établissement : pendant vos vacances, une hospitalisation, ou simplement pour vous reposer.
  • Le relayage à domicile. Un professionnel s’installe chez votre proche et prend le relais, parfois plusieurs jours d’affilée, pour que la vie continue sans changement de cadre.
  • Les séjours aidant-aidé. Des vacances organisées pour partir ensemble, avec un accompagnement sur place.
  • Les plateformes d’accompagnement et de répit. Il en existe dans chaque département. Elles écoutent, orientent, proposent des groupes de parole, des formations pour les aidants et organisent du répit. C’est souvent la meilleure porte d’entrée quand on ne sait pas par où commencer.

Comment financer le répit ?

Si votre proche touche l’APA et que votre présence est indispensable à son maintien à domicile, le département peut accorder un droit au répit : jusqu’à 583,52 € par an en plus du plan d’aide, à utiliser dans l’année pour un accueil de jour, un hébergement temporaire ou des heures d’aide à domicile supplémentaires. Il faut le demander : il n’est pas automatique.

Les caisses de retraite, certaines mutuelles et contrats de prévoyance financent aussi des heures de répit ou des services d’aide. Relisez vos contrats, ou appelez votre mutuelle : c’est rarement mis en avant.

Impôts et petits coups de pouce

Le crédit d’impôt pour l’aide à domicile

Les sommes versées pour une aide à domicile (ménage, aide à la personne, portage de repas…) donnent droit à un crédit d’impôt de 50 %. Les aides reçues, comme l’APA, sont déduites des dépenses avant le calcul.

  • Plafond général : 12 000 € de dépenses par an, soit 6 000 € de crédit d’impôt au maximum.
  • Plafond relevé de 1 500 € si un membre du foyer, ou un ascendant, a plus de 65 ans.
  • Plafond porté à 20 000 € si la personne qui emploie est invalide, ou héberge une personne invalide.

Et si c’est vous qui payez pour votre parent ? Vous pouvez bénéficier de ce crédit d’impôt pour un emploi au domicile de votre ascendant, s’il touche l’APA. En revanche, vous ne pouvez pas, pour le même parent, cumuler ce crédit avec la déduction d’une pension alimentaire. Faites le calcul des deux options, ou demandez au service des impôts (0809 401 401).

La pension alimentaire versée à un parent

Si vous aidez financièrement un parent dans le besoin (versements d’argent, paiement direct de ses frais), ces sommes sont déductibles de vos revenus, dans la mesure où elles correspondent à ses besoins et à vos moyens. Gardez les justificatifs.

La carte mobilité inclusion

Attribuée par la MDPH ou par le département (pour les bénéficiaires de l’APA en GIR 1 ou 2, la demande est simplifiée, sans nouvelle évaluation), elle permet notamment de se garer sur les places réservées quand vous accompagnez votre proche.

Par où commencer ?

Tout ça fait beaucoup. Pas besoin de tout faire d’un coup. Voici l’ordre que nous conseillons.

Les bons interlocuteurs

Pour…Qui contacter
Faire le point sur votre situation, être orientéLa plateforme d’accompagnement et de répit, ou le point d’information local pour les personnes âgées (CLIC, maison de l’autonomie) de votre département
Demander l’APALe conseil départemental
Demander la PCH, la carte mobilité inclusion, un taux d’incapacitéLa MDPH
L’AJPA, l’assurance vieillesse des aidantsLa CAF ou la MSA
Le congé de proche aidant, le don de joursVotre employeur ou service RH
Les aides à domicile pour un proche en GIR 5 ou 6Sa caisse de retraite
Adapter le logementUn conseiller France Rénov’

Le site officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr permet de trouver les points d’information et les solutions de répit près de chez vous.

Votre checklist

  • Faire évaluer l’autonomie de votre proche (demande d’APA ou dossier MDPH)
  • Contacter la plateforme de répit de votre département
  • Prévenir votre employeur et vous renseigner sur le congé de proche aidant
  • Demander l’AJPA à la CAF ou la MSA dès le début du congé
  • Vérifier que vos trimestres de retraite sont protégés (AVA)
  • Demander le droit au répit si votre proche touche l’APA
  • Appeler votre mutuelle et votre contrat de prévoyance
  • Garder tous les justificatifs de dépenses pour votre déclaration d’impôts
  • Penser à l’avenir : un mandat de protection future permet à votre proche de désigner dès maintenant la personne qui gérera ses affaires si un jour il ne peut plus le faire

Le Guide Aidant, gratuit

Les dispositifs, les signes d’épuisement à surveiller et les solutions de répit, réunis dans un seul document pour poser les bases dès les premières semaines.

À retenir

  • Vous êtes proche aidant dès que vous aidez régulièrement un proche au quotidien, avec ou sans lien de famille.
  • Les aides pour votre proche (APA, PCH, MaPrimeAdapt’) sont la première façon de vous soulager.
  • Le congé de proche aidant ne peut pas être refusé, et l’AJPA l’indemnise à 66,64 € par jour.
  • Vos trimestres de retraite peuvent être protégés grâce à l’assurance vieillesse des aidants.
  • Le répit n’est pas un luxe : il existe des solutions, et des financements.

Vos questions

Faut-il vivre avec la personne pour être reconnu aidant ?

Non. Ni pour le congé de proche aidant, ni pour l’AJPA, ni pour l’assurance vieillesse des aidants.

Mon employeur peut-il refuser mon congé de proche aidant ?

Non, s’il est demandé dans les formes (par écrit, un mois avant, sauf urgence). Il peut en revanche refuser de le fractionner ou de le transformer en temps partiel.

Puis-je toucher l’AJPA si je suis indépendant ou au chômage ?

Oui. Les indépendants, les fonctionnaires et les demandeurs d’emploi indemnisés peuvent aussi la demander à la CAF ou à la MSA.

Mes parents vivent loin, puis-je quand même être aidant ?

Oui. Coordonner les intervenants, gérer les papiers, organiser les rendez-vous à distance, c’est aussi aider.

Je suis épuisé, à qui en parler ?

À votre médecin traitant d’abord, puis à la plateforme de répit de votre département. Vous n’avez pas à attendre d’être à bout pour demander de l’aide.


Article à vocation informative, à jour en octobre 2026. Les montants sont réévalués régulièrement et chaque situation est particulière : pour un conseil adapté à votre cas, rapprochez-vous des organismes cités.

Sources

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